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Naguib Sawiris, PDG d'Orascom Telecom, affiche ses ambitions sur le
marché français. « Si un jour Martin Bouygues veut vendre Bouygues
Telecom, nous serons intéressés », déclare-t-il dans un entretien aux «
Echos ». Mais « une alliance avec Iliad est possible pour la quatrième
licence mobile ».
La galaxie Orascom a les moyens : coté à la Bourse du Caire, le groupe pèse 13 milliards de dollars.
A l'heure où le gouvernement étudie différentes possibilités pour réorganiser la filière nucléaire, les propos de Naguib Sawiris, l'homme d'affaires égyptien propriétaire d'Orascom, vont faire du bruit, en tout cas chez Bouygues. Le groupe de BTP français, au centre de toutes les interrogations sur le rôle qu'il entend jouer tant chez Areva que chez Alstom, peut en effet compter sur l'égyptien pour financer ses projets. « Si un jour, (Martin Bouygues) veut vendre Bouygues Telecom, nous serons intéressés », a ainsi déclaré hier Naguib Sawiris aux « Echos » dans les locaux d'Orascom, près de la place de l'Etoile, à Paris. Mais, s'il confesse avoir « déjà rencontré » Martin Bouygues, le milliardaire égyptien indique qu'actuellement « il n'y a pas de discussions ».
Même si Bouygues Telecom est un gros morceau à avaler - le 3e opérateur français est valorisé 8,5 milliards d'euros -, Naguib Sawiris a, a priori, les moyens de se lancer dans une telle acquisition. Sa galaxie est désormais puissante. Orascom Telecom, présent dans des pays émergents comme le Pakistan ou l'Algérie, a enregistré un résultat brut opérationnel de 1,1 milliard de dollars pour un chiffre d'affaires de 2,5 milliards sur les six premiers mois de 2007. Coté à la Bourse du Caire, le groupe pèse 13 milliards de dollars. Il est détenu à 50 % par Weather Investments, fonds d'investissement de Naguib Sawiris et bras armé de l'homme d'affaires en Europe, qui a racheté en 2005 l'opérateur italien Wind pour 12,1 milliards d'euros.
La 3G, un « flop » ?
Pour Naguib Sawiris, « le marché français du mobile est difficile, notamment en raison de l'arrivée des opérateurs mobiles virtuels. Mais la pénétration est faible et je pense aussi que nous pouvons profiter de notre faible base de coûts ». Le milliardaire égyptien a ainsi regardé le dossier de la quatrième licence mobile « tout seul », même s'il n'a pas répondu à l'appel à candidatures cet été. La raison ? « Le gouvernement n'a pas rendu pour l'instant les conditions plus favorables ». Il juge le prix de la licence - 619 millions d'euros - « élevé » et pour lui le paiement en une seule fois « est un problème ». Toutefois, « une alliance avec Iliad (NDLR : la maison mère de Free) est possible pour la quatrième licence mobile » en France, même si, là encore, il n'y a pas de discussions. Naguib Sawiris dit d'ailleurs partager « la même culture d'entrepreneur que les dirigeants d'Iliad ». Si le patron d'Orascom Telecom s'intéresse au marché français du mobile, il n'est en revanche « pas un fan de la troisième génération de téléphonie mobile. C'est un flop », dit-il. « La principale application du mobile reste la voix. Pour 10 % de leurs abonnés qui opteront pour la 3G, les opérateurs ont dépensé des milliards de dollars. »
Accrocs avec France Télécom
D'ailleurs, « Wind ne pousse pas la 3G en Italie », fait remarquer Naguib Sawiris. Et si la filiale égyptienne a fait part de son intérêt pour une licence UMTS en juillet, « elle n'a pas encore versé un centime », lâche l'homme d'affaires.
Cette défiance vis-à-vis de la 3G ne doit pas être du goût de France Télécom, associé à Orascom en Egypte dans l'opérateur Mobinil. « Les relations avec France Télécom sont complexes », estime le patron d'Orascom. « France Télécom est une structure très lourde, lente, et il faut des mois avant de prendre des décisions cruciales. » Dernier accroc en date, le français voulait faire passer Mobinil sous la marque Orange, ce que Naguib Sawiris a refusé. « Nous préférons utiliser des marques locales comme Djezzy en Algérie ou Tunisiana en Tunisie pour que les gens s'approprient l'opérateur. »
Déjà présent au Maghreb et en Italie, l'homme d'affaires veut continuer à se développer « autour du pourtour méditerranéen ». « Les pays méditerranéens partagent une histoire commune, une culture commune. Les distances sont courtes et il y a de grandes possibilités de faire du commerce. Un opérateur télécoms pourrait être un moyen de rassembler ces pays », estime Naguib Sawiris, inquiet du terrorisme et du « choc des civilisations ».
Mais s'il est passionné par la géopolitique, l'homme n'oublie pas pour autant la finance. « A la fin 2008, nous aurons 100 millions d'abonnés », prévoit-il. Et, si les abonnés pakistanais ne dépensent que 4,9 dollars par mois en moyenne dans leurs télécommunications mobiles, ils consomment « quatre fois moins de capacités de réseau qu'un Français ». « Comme nos coûts sont plus bas, notre marge brute d'exploitation en Algérie atteint par exemple 65 %, contre 45 % en Italie », explique le patron.
GUILLAUME DE CALIGNON - Les Echos.fr
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