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Lignes numériques, accès Internet, partenariats avec les grands du secteur... le continent entre de plain-pied sur le marché de la téléphonie moderne.
Lignes numériques, accès Internet, partenariats avec les grands du secteur... le continent entre de plain-pied sur le marché de la téléphonie moderne.
Les grands opérateurs internationaux s'intéressent à des marchés libéralisés et dynamiques. En Afrique, la demande est là, comme en témoignent les croissances fulgurantes de l'usage du téléphone mobile. Mais la situation reste contrastée au plan des structures et des privatisations. Les exemples présentés ici n'ont pas la prétention de traduire la réalité de l'ensemble du continent. Ils illustrent cependant les grandes avancées réalisées en matière de technologie et de législation, ainsi que le chemin qui reste à parcourir.
Renaissance et régulation sud-africaines.
Après trois ans à la tête de l'opérateur sud-africain Telkom, Wilbur Crosley est retourné dans son entreprise d'origine, SBC Communications, l'un des grands opérateurs américains. Sous ses
diverses marques (Southwestern Bell, Pacific Bell, Ameritech, Cellular One...), SBC dessert les deux tiers de la population des États-Unis. Pour Crosley, la mission en Afrique du Sud est terminée : mettre Telkom à niveau, tant sur le plan technique qu'en termes de marché.
Son travail a débuté en mars 1997 quand, conformément au Telecommunications Act sud-africain de 1996, un consortium constitué de SBC, chef de file, et Telkom Malaysia entrait au capital de Telkom à hauteur de 30 %, les 70 % restants appartenant à l'État sud-africain. Prix de la transaction : 5,6 milliards de rands (1,24 milliard de dollars). Dans le même temps, Telkom se voyait confier comme mission de doubler en cinq ans le nombre de lignes de téléphone du pays et de numériser l'ensemble du réseau. À charge pour SBC, en la personne de Wilbur Crosley, de réaliser ces objectifs, notamment en assurant les transferts de technologies nécessaires. Pour faciliter ces tâches, l'opérateur privatisé gardait, pour une période non définie, le monopole pour les principaux services (communications nationales locales et longue distance, cabines téléphoniques, services internationaux).
L'essentiel des objectifs a été atteint en trois ans. Le nombre de lignes est actuellement d'environ 5,5 millions, elles sont numérisées à 98 %. Il y a aussi 160 000 cabines publiques. Quant aux centraux manuels, ils appartiennent pratiquement tous au passé : l'an dernier, seules 360 000 connexions ont encore été réalisées manuellement, contre 29 millions en automatique. En termes de services, les entreprises peuvent utiliser des transmissions à haut débit de type ISDN (Integrated Service Digital Network ou RNIS, réseau numérique à intégration de services). Ce type de liaison permet des transmissions simultanées, sur une seule ligne, de la voix, des images et des données. Les technologies de commutation par paquets ou de Frame Relay sont également disponibles, qui trouvent leurs applications dans les communications professionnelles.
Quant à l'accès à Internet, si les Sud-Africains ont été aussi rapides que les Occidentaux à s'y intéresser (on dénombrait déjà 500 000 internautes fin 1997), il sera bientôt ouvert au plus grand nombre, particuliers comme entreprises : TelkomInternet vient d'être ouvert au Cap. Ce service permet d'accéder à la Toile pour un abonnement mensuel de 79 rands (environ autant en FF) avec accès illimité. Par ailleurs, Telkom, en partenariat avec les établissements d'enseignement supérieur du pays, a mis en place sept centres d'excellence pour développer le savoir-faire national en termes de conception, de développement et d'exploitation des réseaux de télécommunications. Ces centres sont cofinancés par des fournisseurs étrangers et le gouvernement.
Prêt pour l'ouverture.
Si le monopole est maintenu pour le téléphone « classique » (filaire), il n'existe pas pour la téléphonie mobile. Depuis le 1er avril 1994, deux opérateurs sont en présence : Vodacom et MTN (Mobile Telephone Network). Vodacom est filiale de Telkom, qui détient 50 % de son capital aux côtés de l'opérateur britannique Vodaphone (31,5 %) et de divers investisseurs. De son côté, MTN a notamment pour actionnaires les américains Cable and Wireless (25 %), SBC (par ailleurs actionnaire de Telkom, maison mère de son concurrent, à hauteur de 15,5 %). Deux nouvelles licences seront attribuées cette année.
Pour que chacun respecte les règles et que tout se passe bien, il y a, depuis février 1997, la SATRA (South African Telecommunications Regulatory Authority). Ou plutôt, il y avait, puisque cet organisme vient de fusionner avec l'IBA (Independant Broadcasting Authority) pour former la Sacra (South African Communications Regulatory Authority). La convergence des technologies entre les télécommunications, la radio et la télévision, ont conduit à ce regroupement qui ne modifie en rien les missions de cette haute autorité en ce qui concerne les télécommunications : accorder les licences d'exploitation, élaborer des directives pour l'interconnexion et valider les accords d'interconnexion lorsque la libéralisation prendra effet, agréer les équipements, gérer les fréquences radio, établir les tarifs.
Saluée à l'époque comme « exemplaire », le Telecommunications Act de 1996 semble répondre aux attentes. Ainsi Telkom se retrouve aujourd'hui au niveau des meilleurs opérateurs internationaux et s'apprête à affronter des concurrents venus d'ailleurs. Reste donc à passer à l'étape suivante : l'ouverture du marché.
Maroc Télécom fait déjà face à ses rivaux.
Pour le plus grand bonheur des Marocains, la concurrence fait rage avant même l'entrée en scène du deuxième opérateur de téléphonie mobile GSM.
Le 5 avril 2000, Médi Télécom commencera à vendre, sous la marque Méditel, ses abonnements et ses « packs GSM » (formule promotionnelle comprenant l'appareil et l'abonnement). Le Maroc aura définitivement tourné la page du monopole de l'État pour entrer dans le grand bal mondial des télécoms.
L'inattendu résultat de la vente de cette deuxième licence, attribuée pour le montant record de 10,8 milliards de dirhams (6,75 milliards de FF), a fait oublier que l'opération a pris plus de temps que prévu. Le consortium Médi Télécom, mené par l'espagnol Telefónica et composé de Portugal Telecom et des groupes marocains BMCE (Banque marocaine du commerce extérieur) et Akwa (groupe Afriquia), l'a emporté devant six concurrents aussi importants que les français France Télécom ou Vivendi, les britanniques Vodafone et Orange ou encore l'italien Telecom Italia et l'américain GTE. L'affaire a été bouclée en quelques mois. C'est pourtant en 1996 qu'elle débute, quand le gouvernement met au point une loi de libéralisation qui démembre l'Office national des postes et des télécommunications en deux entités distinctes, Barid Al-Maghrib pour les activités postales et financières, et Itissalat Al-Maghrib (IAM) pour la téléphonie. Le 20 février 1998, IAM est transformée en société anonyme, au capital entièrement détenu par l'État, et change d'appellation fin 1999 pour devenir Maroc Télécom.
Le sort de Maroc Télécom est aujourd'hui entre les mains du ministère de la Privatisation, qui a arraché, au terme d'une lutte politique au sein du gouvernement, le soin de gérer cette grande opération que convoitait le ministère de l'Économie et des Finances, en vertu de sa tutelle, et l'Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). Tâche difficile que de privatiser une société qui apporte presque la moitié de son chiffre d'affaires (celui-ci devrait être de 8 milliards de dirhams en 1999) au budget de l'État. Après beaucoup de tergiversations, la primature a tranché : le Maroc respectera ses engagements vis-à-vis de l'OMC et libéralisera son secteur des télécommunications en 2002.
Pour affronter cette concurrence totale inéluctable, Maroc Télécom fourbit ses armes depuis quelques années. Au prix d'investissements élevés, le groupe a rattrapé l'important retard technologique et d'équipement qu'il avait au début de la décennie. De moins de 300 000 en 1988, le nombre des abonnés atteint aujourd'hui 1,5 million. Les campagnes restent à la traîne, 19 % seulement de la population rurale ayant accès au réseau filaire.
La téléphonie mobile devrait combler cette carence, d'autant que le marché démarre sous l'effet de la baisse des prix pratiqués par Maroc Télécom : les abonnés au GSM sont aujourd'hui plus de 600 000. La carte prépayée « Jawal », lancée par une publicité à laquelle l'humoriste vedette Jamel Debbouze a prêté son image, a fait exploser le marché populaire, que Maroc Télécom n'avait jamais vraiment cherché à développer. L'opérateur national s'est également préparé à la concurrence dans d'autres domaines, en baissant les frais d'accès et d'utilisation du téléphone fixe (voir graphique ci-dessus) ou en divisant par deux ses prix d'abonnement à Internet (une semaine avant l'ouverture du portail marocain du français Wanadoo).
Pour le GSM, la baisse de prix est si rapide que le challenger Médi Télécom a dû revoir son plan commercial. Le retour sur investissement, prévu au bout de la septième année d'un contrat de concession de quatorze ans, ne serait plus atteint qu'au bout de onze ans. Et avant le terme de ce contrat, un troisième opérateur viendra disputer aux deux premiers un marché estimé à 4 ou 5 millions de personnes.
La différence ne se fera donc pas sur le prix, une surenchère étant risquée, mais sur le dynamisme commercial et la qualité des services. Lorsque Médi Télécom démarrera, il disposera d'emblée d'un réseau privé de distribution d'une centaine de points de vente, relayé par 300 autres points pour séduire les 40 % de la population marocaine qui seront couverts par le réseau déjà installé. Les enseignes à la marque Méditel fleurissent partout dans les grandes villes et la campagne de publicité a commencé début mars dans la presse et la télévision, avec un budget de 100 millions de dirhams. Médi Télécom a également mis en service un centre d'appel pour gérer les problèmes de ses clients et en résoudre 90 % en direct, le reste sous quarante-huit heures.
Face à une telle force de frappe, Maroc Télécom ne reste pas sans réaction. Et il dispose d'un avantage inestimable : le temps. Pendant que le privé Méditel ronge son frein en attendant le démarrage de ses activités, l'opérateur national engrange les abonnés, attirés par les baisses des prix qui démocratisent enfin le produit. Le nombre de ses agences est passé de 70 à 105 en 1999 et il s'apprête à commercialiser lui aussi des packs GSM par un réseau privé. Une révolution culturelle pour un opérateur qui peine à passer de la culture de l'usager à celle du client et garde 17 000 employés, contre 800 à son concurrent la première année !
Des consommateurs au pouvoir d'achat limité.
Maroc Télécom est cependant condamné à réussir sa mutation. Dans deux ans, l'ouverture du marché l'exposera à une concurrence sur tous les fronts. Et faute de satisfaire sa clientèle la plus exigeante, qui est aussi la plus rentable, il serait obligé de se contenter d'une immense majorité de consommateurs au pouvoir d'achat limité. Actuellement, face à son concurrent, il dispose du monopole des communications internationales, qui lui fournissent l'essentiel de sa marge, de ses résultats et même un certain avantage commercial. Pour assurer le « roaming » international (voir lexique page 66), Médi Télécom est obligé de passer par Maroc Télécom. Le tarif d'interconnexion est, sans surprise, la première pomme de discorde entre les deux opérateurs. L'opérateur privé a demandé l'arbitrage de l'ANRT, qui devrait se prononcer début avril.
Succès ruraux et urbains au Sénégal.
C'est en 1996 que le nouveau code des télécommunications consacrant le désengagement de l'État a été voté par l'Assemblée nationale. Un appel d'offres est lancé en juillet 1997 pour mettre en oeuvre la privatisation de l'opérateur national Sonatel, l'État conservant 25 % du capital de l'entreprise. Au terme du processus, 42,33 % du capital vont à FCR, filiale de France Télécom, 10 % au personnel de l'entreprise, le reste étant souscrit par des investisseurs institutionnels ou privés africains. En octobre 1998, la Sonatel est introduite avec succès à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d'Abidjan : en six mois, le cours de l'action passe de 19 500 à 28 600 F CFA et l'entreprise est la première capitalisation de la place.
Un bon résultat que l'opérateur doit à l'image de dynamisme qu'il a su se donner grâce, notamment, à sa stratégie de raccordement des zones rurales. Léon-Charles Ciss, directeur commercial de la Sonatel, rappelle que « l'objectif était de permettre à tous les Sénégalais de disposer d'une ligne à moins de 5 km de leur domicile. Les téléphones privés coûtaient trop cher pour ces populations et bénéficiaient finalement à très peu de gens. Nous avons donc opté pour un système de télécentres publics. » C'était un pari risqué que d'installer ces cabines à proximité des familles les plus pauvres du pays. Ces zones rurales se révèlent aujourd'hui un marché important pour les appels internationaux entre les familles et ceux de leurs membres expatriés en Europe ou aux États-Unis. Aujourd'hui, Sonatel exploite 10 000 télécentres dans le pays et a entrepris un ambitieux plan de raccordement de 2 000 villages par fibres optiques.
Dans le même temps, Sonatel Mobiles a conquis quelque 70 000 abonnés au téléphone mobile. Le succès du GSM devrait considérablement s'accroître en 2000. Millicom, l'opérateur de la deuxième licence GSM, qui avait démarré la commercialisation de son service en mai, annonçait 14 500 abonnés à la fin de l'année 1999.
Algérie : fort potentiel, grand retard.
Faute d'une ouverture suffisante aux nouvelles technologies depuis des années, le pays accuse aujourd'hui un sérieux retard en matière de télécoms. Aussi le gouvernement d'Ahmed Benbitour en a-t-il fait l'une de ses priorités. Reste à savoir quand la décision d'ouvrir le marché sera prise.
En Algérie, la télédensité - une mesure commode pour évaluer les progrès en télécommunications d'un pays - est l'une des plus basses de la région méditerranéenne, avec moins de cinq lignes pour mille habitants, quand le Maroc en offre cinquante et la Tunisie plus de quatre-vingts ! Mais la demande existe, et les perspectives sont même brillantes : « Le marché algérien sera à n'en pas douter beaucoup plus important que celui du voisin marocain », avertit Zino Nafa, un consultant international en réseaux et télécoms, d'origine algérienne et basé en France. Un indice : le ministère des Postes et Télécommunications, qui gère le secteur, a mis en service, il y a quelques mois, un réseau GSM. En janvier dernier, il comptait 55 000 abonnés. On estime qu'ils seront 95 000 d'ici à fin avril. « Selon mes informations, les demandes en attente se montent à près de 300 000. Voilà le vrai potentiel de l'Algérie aujourd'hui », indique Zino Nafa. Pas étonnant que certains, à Alger, tablent sur le prochain lancement d'un appel d'offres pour une licence GSM, sur la base d'une transaction de 1,5 milliard de dollars. Soit 45 % de plus que l'octroi de la licence GSM au Maroc, en octobre 1999.
« On en est quand même pour l'instant aux déclarations d'intention, rappellent toutefois nombre de professionnels étrangers. La volonté de réformer les structures est incontestable, mais il n'est pas certain que le gouvernement ait déjà choisi entre les deux options qui s'offrent à lui. » Alger peut en effet décider de lancer d'abord une réforme de l'ensemble des télécommunications, avant d'attribuer une licence GSM au privé. Dans ce cas, l'affaire prendrait plusieurs mois. Il faut que le Parlement vote une loi, puis modifie quantité de réglementations et enfin crée une autorité de régulation, avant de lancer des appels d'offres pour des licences confiées au privé. Si le gouvernement isole le cas du GSM, il peut lancer très vite un appel d'offres pour l'octroi d'une licence, tout en prenant plus de temps pour réformer l'ensemble du secteur.
Sur place, les observateurs relèvent que l'État n'a toujours pas choisi de séparer l'actuel ministère des Postes et Télécommunications en deux entités distinctes, établissements publics ou sociétés anonymes : d'un côté les postes, de l'autre les télécommunications. Et cette étape est un préalable à la poursuite de la réforme. « Toutes les informations en provenance de la présidence de la République ou du ministère concerné indiquent, au contraire, que l'ouverture risque d'être plus rapide que les acteurs internationaux, et notamment français, ne le pensent, souligne Zino Nafa. Les infrastructures existent et la volonté politique pour développer de nouveaux services est très forte. Mais les autorités ne veulent pas faire d'erreur dans le choix des partenaires, ni des technologies qui seront développées. »
Le Cameroun met les bouchées doubles.
Il y a encore un an, il était incontestable que le pays s'était endormi sur son téléphone. Pour comparer avec la Côte d'Ivoire, qui compte la même population et affiche un PIB à peu près identique, il avait à la fin 1998 près de trois fois moins de lignes téléphoniques (75 000 contre 170 000) et pratiquement pas de service de téléphonie mobile. Les progrès enregistrés sont spectaculaires : + 33 % de lignes fixes et deux opérateurs GSM en un an. L'un deux, filiale de Camtel, l'opérateur historique du pays, a été privatisé il y a six semaines, suivant un processus clair et accéléré. Le projet est amorcé depuis le 7 juillet 1999, au moment où le gouvernement octroie une licence d'exploitation de GSM à FCR, filiale internationale de France Télécom, qui rachète la Société camerounaise du mobile, plus connue sous la marque Mobilis. Le 15 février 2000, Camtel Mobile était rachetée par la société sud-africaine Mobile Telephone Networks (MTN) pour 40 milliards de F CFA. Le téléphone traditionnel doit être privatisé d'ici à la fin de l'année.
- 28 mars 2000 - par LUCIEN DE SALAGNAC, SAMUEL VALLÉE, TIDIANE DIOH, XAVIER THEULET - JeuneAfrique.com
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