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Accueil The News Dans Les Médias Téléphonie mobile en Tunisie : Le portable, ce «bon petit diable» |
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Téléphonie mobile en Tunisie : Le portable, ce «bon petit diable» |
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28-10-2006 |
- En dix ans, le petit appareil s’est taillé une grande place dans nos habitudes et surtout dans nos budgets
- De 6.500 lignes en 1996, année de départ en Tunisie, le nombre
d’abonnements a grimpé pour atteindre aujourd’hui 6 millions 500 et 7
millions fin 2006
Dix ans et déjà dans la cour des grands! C’est que la téléphonie mobile a connu en Tunisie une évolution vertigineuse. Une croissance ayant atteint mille fois le chiffre du départ. De 6.500 lignes en 1996, année de départ, le nombre d’abonnements a grimpé pour atteindre aujourd’hui les 6 millions 500 mille et pour se situer à près de 7 millions fin 2006. Soit autour d’un million et demi de lignes en plus par rapport à 2005 (5.680.726). Le tout réparti entre deux opérateurs: Tunisie-Télécom, l’opérateur historique et national, et Tunisiana, l’opérateur privé (fin 2002). Grâce à ce boom, la densité téléphonique globale (mobile et fixe) a atteint aujourd’hui 82 lignes pour 100 habitants. Sur le plan technique, la Tunisie s’achemine à pas sûrs vers la téléphonie mobile dite de 3e génération (3 G) offrant actuellement la 2,75 G, avec accès à Internet. Il s’agit d’un véritable phénomène de société avec ses aspects positifs et le revers de la médaille. Une évolution exponentielle côté nombre qui s’est accompagnée d’une véritable transformation des habitudes de communication des Tunisiens. Transmission de la voix bien sûr, mais aussi du texte, de l’image, de la musique, et pourquoi pas des virus. Ceux touchant le soft (aïe!) et ceux touchant le comportement. La téléphonomania mobile, coûteuse et perfide, une vraie drogue, les abus et autre harcèlement dont certains mènent tout droit derrière les barreaux… ou dans les tombes. Des accidents de la circulation mortels dus au portables ont en effet déjà eu lieu. Plusieurs procès ont été intentés ces toutes dernières années à l’encontre d’utilisateurs malveillants ayant agressé leurs correspondants. Le dernier en date a coûté au délinquant une année de prison ferme. Objet du délit, le harcèlement par des appels répétés et à des horaires extrêmes avec envoi de SMS (short message system) provocateurs à contenu sexuel.
Fêtes, gains en temps et en argent
Mais laissons cet aspect peu reluisant du téléphone portable et rappelons la fièvre des jours de l’Aïd ou à l’approche du Nouvel An. Des milliers de SMS et d’appels sont alors émis-reçus. Disons plutôt des millions. Rien qu’à travers le réseau de Tunisie-Télécom, quelque 17 millions de SMS ont circulé cette année au cours de l’Aïd, il y a tout juste cinq jours, soit environ deux millions de plus que pour l’Aïd de l’année dernière. Des formules de vœux toutes prêtes en prose et en vers sont alors échangées à un rythme effréné menant tout droit à la saturation du réseau. A l’échelle individuelle, cela représente dans ce cas précis un gain substantiel en temps et en argent. En deux ou trois manipulations, le même message est alors automatiquement diffusé à une liste de correspondants prédéfinie. Côté coût, l’affaire est tout à fait rentable, car avec les salamleks et autres formules de politesse, le moindre appel en «live» peut coûter jusqu’à cinq et même dix fois plus. Cela sans compter les déplacements économisés ou les cartes de vœux avec enveloppes et timbres légués aux oubliettes. Une étude effectuée à l’échelle du monde arabe et présentée au Congrès mondial 3 GSM (Barcelone du 13 au 16 février 2006) a, en effet, estimé les gains des utilisateurs tunisiens de téléphones mobiles à 25% en termes de dépenses dues aux déplacements. Mais des études effectuées un peu partout dans le monde en développement montrent le contraire. Le centre de sondage relevant du Conseil des ministres d’Egypte a, en effet, estimé que les dépenses des ménages découlant de l’utilisation du portable sont excessives. Toujours selon ledit centre, l’équivalent de ces dépenses pourrait servir à résorber le chômage chez les jeunes, d’autant plus que l’utilisation de l’appareil est en majorité ludique et non pour les affaires rentables. A l’échelle individuelle l’utilisation du portable, qu’il soit post ou prépayé, grève le budget. Avec les recharges à petites doses (un dinar), les dépenses sont imperceptibles en amont, ce qui encourage les consommateurs à mettre, plus souvent, la main à la poche. En aval, le résultat est un supplice. Faible self control, s’abstenir.
Mais qui pourrait se contrôler, surtout si la dépendance s’installe? Personne ou presque. Des séances de «désintoxication» s’avéreront alors indispensables. Pourquoi souriez-vous? Des singes locataires du zoo de Londres trop accros au portable ont, en effet, subi avec succès une cure de désintoxication. Ces primates profitaient, paraît-il, de visiteurs un peu trop distraits pour les délester de leur appareil. Plus maintenant! Le plus malheureux dans toute cette histoire est ce jeune garçon qui préfère recharger son crédit communication en dilapidant le budget goûter. Une dépendance doublée d’une malnutrition. «Le jour où j’ai découvert cette triste vérité, je ne donne plus d’argent de poche à mon fils et je lui prépare moi-même son goûter», nous a expliqué sa mère, dépitée. Cette évolution s’est également accompagnée d’une prolifération de services par SMS, messages en texte, et chiffres efficaces mais parfois assez chers.
SMS, une véritable industrie
A part quelques services très utiles tels que la consultation du bulletin météo ou son compte bancaire, les SMS sont devenus une véritable industrie. Opération rentable pour ceux qui les reçoivent en échange de… quelque chose, ils sont cependant coûteux pour les émetteurs. Et ce quelque chose peut être un air connu en guise de sonnerie, un jeu plus ou moins lucratif, la possibilité de nouer des relations dans la perspective d’un mariage ou tout simplement faire passer ses vœux sur une station radio. Et ce ne sont pas seulement les radios privées qui s’adonnent fiévreusement à cette activité d’ailleurs très lucrative, la Radio nationale, elle aussi, en raffole. Ses animateurs s’égosillent en effet et à longueur de journée à quémander cette précieuse monnaie électronique auprès des auditeurs, de quoi ébranler la crédibilité de la vénérable institution. Facturé à 60 millimes pour un envoi normal, ce genre de SMS bien spéciaux peuvent coûter jusqu’à cinq ou même huit fois plus. Les chaînes TV ont elles aussi découvert la poule aux œufs d’or et en profitent à fond. Chaque émission est aujourd’hui un alibi pour solliciter des SMS. Le plus curieux dans tout cela, c’est que les auditeurs et spectateurs ne se font pas prier, appâtés qu’ils sont par les sous à gagner… s’ils sont heureux au jeu bien sûr. Les deux opérateurs eux-mêmes ont succombé au charme des jeux et ne se sont pas contentés d’informer les abonnés de leurs offres respectives via les médias. Les abonnés reçoivent ainsi des messages les incitant à participer. «Cela frôle le harcèlement», a fait remarquer un confrère d’ailleurs échaudé au passage car il a suffi d’une petite sieste pour que son rejeton participe au jeu de l’opérateur à une valeur de 12 dinars. «Voilà notre argent qui servira à relancer la machine publicitaire des opérateurs afin qu’ils puissent nous encercler encore de plus près», a fait remarquer une mère de famille qui s’en fout de savoir que cette manne participe à l’évolution des médias tous types confondus. «Il faut absolument que j’introduise un jeu par SMS», nous a confié le propriétaire d’un site web d’information qui trouve des difficultés à rentabiliser son produit. Et d’ajouter : «C’est un gain garanti, à condition bien sûr de lancer le jeu à coups de publicité». La pub ! Un vrai marché pour ce genre de bourbier. Des pages entières sont régulièrement publiées dans les journaux par les auteurs de ces jeux qui doivent d’ailleurs se tenir à un cahier des charges réglementant ce genre d’activité. D’autres, de simples spécialistes ou des observateurs avertis, voient d’un mauvais œil ce phénomène car, d’après eux, il consacre des valeurs négatives du gain facile et de la culture du hasard aux dépens de l’effort et du mérite. Cela en plus des dépenses supplémentaires toujours en augmentation dans la perspective du gros lot, dans la pure tradition de la loterie. Cela a un nom, simple et très clair : le vice.
Propos mielleux et facture… salée
Mais ce ne sont pas les particuliers seulement qui sont victimes de cette hystérie du portable. Les entreprises également. Avec l’avènement de la téléphonie mobile, entreprises privées et institutions publiques ont commencé à plier sous le poids de la facture des télécoms. L’utilisation abusive et à des fins privées du téléphone au travail. Appel au civisme, rappels à l’ordre et certains verrouillages n’ont pas réussi à endiguer le phénomène, menaçant ainsi l’équilibre financier par ces temps de dure concurrence où la chasse au gaspillage est devenue toute une science (voir encadré). Lors d’une vérification, une institution publique a ainsi pu mettre la main sur un fonctionnaire indiscipliné (est-ce un pléonasme ces jours-ci) qui, pour draguer, a dilapidé près de 1.000 dinars en papotage. Résultat : des mensualités prélevées directement à la source pour compenser, à partir de son salaire, les pertes, et un engagement à ne plus recommencer.
Communications excessivement chères
Malgré la course à laquelle se livrent les deux opérateurs pour attirer le maximum de nouveaux abonnés, les coûts de la communication restent, selon les personnes interrogées, assez élevés pour ne pas dire excessivement chers. Surtout entre les réseaux respectifs. Certains utilisateurs possèdent deux lignes de réseaux différents afin d’utiliser l’une ou l’autre selon le réseau sollicité. D’autres ont profité d’une promotion pour s’acheter une nouvelle ligne, bénéficier ainsi de l’aubaine, et grâce à un renvoi ne se voient pas obligés de diffuser le nouveau numéro auprès de leur entourage. «Kol wahed chitanou fi jibou» (chacun cache son diable dans sa poche), proverbe qui illustre ce comportement mais qui est désormais utilisé pour désigner le portable (diable) que l’on cache dans sa poche et qui n’arrête pas d’éperonner son propriétaire. Il suffit d’ailleurs de voir comment certains sursautent en entendant sonner leur portable et laissent tout tomber pour courir fièvreusement y répondre. Il s’agit sans doute là d’un déficit d’appropriation de cette nouvelle technologie doublé d’un conditionnement à la Pavlov. Il n’est pas nécessaire en effet de répondre tel un cow-boy qui dégaîne à l’appel. Une petite discussion peut en effet être clôturée avant de décrocher. Une conférence ou un spectacle méritent aussi d’être écoutés sans ce formidable concert des portables. Revenons aux coûts pour dire que les SMS restent, selon les observateurs, sous-utilisés. Sauf comme déjà dit en période de fêtes. Les Tunisiens préférant, pour un oui ou pour un non, le live. Un peu mal dans ses souliers, un universitaire scientifique nous a avoué, l’autre jour, ne pas savoir envoyer de messages alors que son fils âgé de huit ans jongle avec les renvois, doubles appels et autre MMS (message multimédia). Les SMS sont pourtant, et malgré le fait que l’on tord le cou à l’orthographe, nettement moins chers et plus efficaces. Ils sont à la fois écrits et conservés, ils constituent donc une trace, et permettent une communication plus précise avec dates et chiffres. Revenons encore aux coûts pour dire aussi que ce raz-de-marée cellulaire doit être suivi d’un effort d’encadrement et d’éducation pour qu’il puisse participer à l’édification de la société de l’information puis du savoir et non à la destruction de nos bourses.
Fouad ALLANI Entreprise : limiter les dégâts
Gonflant à bloc la facture des télécoms, le téléphone portable est devenu, aujourd’hui, la bête noire des chefs d’entreprise privée et des établissements publics. Appels au civisme des employés, rappels périodiques à l’ordre, parfois par notes écrites, souvent oralement lors de réunions, la téléphonite semble devenir une maladie chronique au sein des institutions. Ceux parmi les responsables ou le personnel qui possèdent un accès au réseau externe sont, en effet, incapables d’assurer à longueur de journée la garde du «robinet». Des fuites persistent et certaines sont tout simplement dévastatrices. Plusieurs solutions sont pourtant faciles à adopter. Un verrouillage pur et dur peut être pratiqué. Aucun numéro de portable ne peut être joint. Afin de déroger à cette règle pour nécessité de service, une permission écrite du supérieur est alors demandée pour le déverrouillage momentané. Un taxiphone sera alors installé au sein de l’établissement et sera bien entretenu. Il servira pour régler les communications personnelles urgentes. Pour certaines entreprises et institutions qui travaillent avec un réseau d’agents en déplacement ou avec des collaborateurs externes, le relevé quotidien des numéros joints peut servir à circonscrire le fléau. A condition, bien sûr, que les postes accédant au réseau externe soient bien gardés. Pour cela, un code confidentiel est octroyé à chaque employé obligé de correspondre avec les collaborateurs externes. En tapant son code de déverrouillage, le concerné accède au réseau externe mais laisse son empreinte. Cette traçabilité permet donc d’identifier tous les appels et chacun endossera les siens. Un travail de sensibilisation reste, cependant, nécessaire et utile. Il s’agit de convaincre l’ensemble du personnel des enjeux financiers du gaspillage téléphonique tout en œuvrant comme déjà dit à ce qu’un taxiphone toujours fonctionnel soit mis à leur disposition.
F.A. - La Presse
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